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Solidarité. « On ne part jamais en vacances, alors ça nous change de venir ici »

Mardi 4 Août 2020

Des milliers d’enfants des quartiers populaires ne peuvent pas partir en vacances. Des dispositifs ont vu le jour pour leur permettre de passer un été agréable. Reportage à Paris et à Sartrouville, dans les Yvelines.

« C ’est la première fois que je viens ici, je m’amuse bien, on fait des dessins », s’exclame Ithri Mani, 5 ans et demi. Assis devant le Palais de Tokyo, musée d’art moderne situé dans le 16e arrondissement de Paris, un groupe d’une dizaine d’enfants, accompagnés par le Secours populaire français (SPF), attendent impatiemment le début des activités. À l’entrée, c’est rappel des gestes barrières et désinfection des mains. Les enfants, âgés de 5 à 12 ans, sont arrivés en début d’après-midi de Paris et des Yvelines, dans le cadre des « journées bonheur » du SPF. Ce rendez-vous propose aux enfants issus de quartiers défavorisés de visiter un monument, tout en faisant appel à leur créativité via des activités ludiques. « Chaque année nous sommes heureux de retrouver les enfants, mais on a bien ressenti qu’après le confinement, les familles attendaient encore plus ces sorties organisées », confie Aline Grillon, chargée de développement au sein de l’antenne des Yvelines.

Quelques dizaines de kilomètres plus loin, au cœur du quartier des Indes, secteur sensible de Sartrouville où les habitants vivent pour beaucoup dans des conditions précaires, se trouve l’antenne Martin Luther King de la maison des jeunes et de la culture (MJC). Elle accueille régulièrement les enfants du quartier et leur propose, après des mois passés entre quatre murs, des activités pour s’évader à proximité de chez eux. La crise sanitaire ayant particulièrement touché les ménages les plus modestes, la cité des Indes n’a pas été épargnée. En réaction, les acteurs locaux ont voulu agir au mieux. Dès la fin du confinement, la MJC a réfléchi à la mise en place d’un dispositif pour l’été. C’est ainsi qu’est né le projet « Vacances oxygène », qui a pu aboutir rapidement grâce à l’implication financière de la ville et du département. Au programme, soutien scolaire le matin et ateliers créatifs ou sportifs l’après-midi.

Chaque année, un enfant sur trois ne part pas l’été, d’après l’Observatoire des inégalités. Sans surprise, cette tendance est à la hausse au lendemain du déconfinement. Que ce soit pour le Secours populaire ou la MJC de Sartrouville, il est primordial d’offrir une échappatoire aux enfants qui n’ont pas la chance de partir. Que ce soient les activités culturelles ou sportives, elles font mouche auprès des jeunes, qui n’hésitent pas à revenir. «  On habite toutes au quartier des Indes et on vient depuis deux semaines. On ne part jamais en vacances, alors ça nous change de venir ici », expliquent un groupe de jeunes filles, venues participer à un cours de danse africaine organisé par la compagnie Baninga. « C’est l’occasion de retrouver mes amis du quartier et du collège après le confinement », explique Matheos, 12 ans.

nt avec mixité sociale

Retour à l’intérieur du Palais de Tokyo : un premier groupe s’installe au pied d’une colonne. Un bénévole d’Urban Sketchers, une association d’artistes partenaire du SPF, demande aux enfants si « dessiner, c’est écrire ? ». Après un court échange avec les enfants, il leur montre un dessin réalisé à l’aide de lettres et de chiffres de différents alphabets. Les enfants éclatent de rire, puis dessinent à leur tour. Dans une autre salle d’exposition, un groupe de trois enfants de 11 ans tente, lui, de reproduire une fresque à l’aide de codes couleurs. « On est ravis de voir les jeunes s’amuser et faire de nouvelles rencontres », se réjouit un bénévole. Chanel et Lune, originaires de quartiers différents de Trappes, ont développé une réelle complicité, une heure seulement après leur arrivée. Pendant que l’une s’exclame « moi j’adore dessiner, j’ai même plein de dessins dans ma chambre », sa nouvelle amie l’interrompt : « T’as bien de la chance, moi je suis nulle en dessin. » Puis elles continuent leur discussion en se donnant des conseils.

Les « Vacances oxygène » de la MJC de Sartrouville permettent elles aussi aux enfants de la ville de découvrir de nouvelles activités, comme le rugby. Une découverte pour Ilya, 10 ans, qui a « hâte d’aller jouer ». L’autre activité du jour, artistique cette fois, porte sur la création d’un labyrinthe à partir de cartons recyclés. Une manière ludique de sensibiliser les jeunes au développement durable pensée par Véronique Valier, artiste peintre et artisan. « Aujourd’hui, c’est le deuxième jour que je viens. J’adore l’atelier d’art et même les cours du matin me plaisent », témoigne Hassan, 8 ans

Ce qu’il retient surtout, c’est que « ce que l’on fait ici, on peut le refaire à la maison. Je m’amuse beaucoup ».

Tout en étant un nouveau lieu de rencontre, les ateliers permettent aussi aux enfants de retrouver leurs amis et de se rapprocher. Si la danse africaine accueille une majorité de filles, les garçons restent, pour la plupart, près des cages de foot. Quelque peu timides et stressés à leur arrivée, Ilyes et Orvano, âgés de 11 ans, ont progressivement tissé des liens d’amitié. « C’est vrai qu’au début on était un peu timides, avouent les deux garçons en rigolant. Mais maintenant ça va beaucoup mieux, et on est même amis. » C’est aussi l’occasion pour l’association de réunir des enfants de divers milieux. « Le fait qu’ils viennent de différents quartiers crée une mixité sociale », se félicite Léo Berland, le directeur adjoint de la MJC. Les jeunes présents aux activités sont en effet issus de différents quartiers de Sartrouville, avec des classes sociales variées. Les ateliers créatifs ou sportifs leur permettent alors de faire la rencontre d’autres enfants qu’ils n’auraient pas forcément eu la chance de côtoyer.

Derrière les activités qui sont proposées par la MJC de Sartrouville, il y a aussi tout un travail d’insertion des jeunes dans la vie active. En effet, dans le cadre du plan régional d’insertion de la jeunesse, l’association accompagne et a même embauché des jeunes majeurs du quartier comme animateurs, le temps de l’été pour certains ou toute l’année pour d’autres. Animer les « Vacances oxygène » leur a permis de rebondir après plusieurs mois de chômage. Ainsi les jeunes adultes peuvent travailler et les enfants, eux, sont plus à l’aise à l’idée d’être encadrés par des personnes qu’ils connaissent. « Après avoir obtenu ma licence Staps, je n’ai pas continué mon parcours en master. Ça me laisse du temps pour accompagner les enfants cet été », explique un animateur.

Que ce soit après une journée au Palais de Tokyo ou à la MJC de Sartrouville, les jeunes rentrent chez eux avec le sourire et des souvenirs plein la tête. De quoi donner un goût de vacances à l’été des enfants des cités.

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