Stains (Seine-Saint-Denis), le 12 juin. Distribution organisée par l'association MaMaMa, devant un foyer d'urgence du 115. © Magali Bragard
Stains (Seine-Saint-Denis), le 12 juin. Distribution organisée par l'association MaMaMa, devant un foyer d'urgence du 115. © Magali Bragard
Jeudi, 9 Juillet, 2020

Solidarité. MaMaMa, une jeune association au chevet des plus précaires

Fondée en Île-de-France pendant le confinement par plusieurs amies, sensibilisées aux difficultés des mères isolées, la structure a décidé de rendre pérennes ses actions. Car malgré le déconfinement, les besoins ne cessent de croître. Reportage.

En cette fin d’après-midi, devant un imposant entrepôt de La Plaine Saint-Denis, Marguerite, Magali, Aïcha et Pedro s’activent pour emballer petits pots, couches et autres produits pour bébés. Membres de l’association MaMaMa, créée durant le confinement pour venir en aide aux femmes isolées et à leurs bébés, les bénévoles préparent la prochaine livraison de colis. Si la crise sanitaire a touché l’ensemble de la société, le confinement a eu pour effet d’aggraver le quotidien des plus démunis, déjà rythmé par le manque de soins, le mal-logement et la faim. Marguerite, Marie et Magali l’ont constaté très rapidement. Après s’être portées bénévoles sur Covidom, la plateforme téléphonique de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui a permis le suivi des patients suspectés ou atteints par le Covid, et avoir recueilli les témoignages de plusieurs femmes en situation de grande précarité, elles ont décidé d’agir. Certaines leur racontaient qu’elles sautaient des repas pour acheter des couches, d’autres, qu’elles n’avaient tout simplement plus rien pour nourrir leur bébé. « Un jour, j’ai pleuré vingt minutes après un appel, je suis rentrée et j’ai pensé qu’il fallait faire quelque chose », raconte Marguerite, informaticienne de métier, installée à Saint-Denis depuis deux ans.

Grande détresse financière

Les mères de famille qui luttent seules au quotidien contre la précarité, le plus souvent avec des enfants en bas âge, représentent la majorité des bénéficiaires à qui MaMaMa vient en aide, sur Paris et sa banlieue. Obligées de se priver pour pouvoir nourrir convenablement leur nouveau-né, ces femmes en grande détresse financière ont vu le confinement comme une énième difficulté à surmonter. « J’ai connu l’association par une amie, j’étais alors dans une situation très compliquée », témoigne Fatou, mère d’un nourrisson de 9 mois et sans-emploi. Comme beaucoup, elle a bénéficié de « trois à quatre colis » contenant « lait, couches et petits pots ».

Chaîne du don

Des produits offerts ou achetés grâce à des dons d’entreprises mais aussi de particuliers. L’entrepôt de l’association ressemble à une véritable caverne d’Ali Baba où sont rassemblés vêtements, livres, poussettes, sacs de produits alimentaires pour bébés… Tous sont prêts à être livrés dans une des vingt-six villes des cinq départements que fournit MaMaMa. « L’association repose sur la solidarité entre les parents » qui cèdent « les lits, porte-bébés, poussettes et vêtements » dont ils n’ont plus besoin. « Cette chaîne du don permet à d’autres parents de pouvoir prendre soin correctement de leurs enfants », se réjouit Marguerite.

Soutien et subventions

Pour pouvoir les soutenir, l’association est aussi allée à la rencontre d’organisations qui connaissent ces familles, comme les services départementaux de protection maternelle et infantile (PMI), mais aussi de bénévoles entretenant des liens avec ces populations. Elle a reçu un large soutien, dont celui de Ghada Hatem, fondatrice de la Maison des femmes, de l’AP-HP, mais aussi de grandes entreprises. Pedro, étudiant en géographie et stagiaire au sein de l’association, s’est chargé d’identifier les subventions des mairies et de la région auxquelles l’association pouvait prétendre. « Je me suis attelé à trouver quelles aides MaMaMa, de par ses activités, pouvait obtenir et dans quelles conditions. J’en ai identifié cinq ou six, quelques-unes de la mairie de Saint-Denis et une autre du département », précise le jeune homme.

La demande est grande

Au-delà des distributions, MaMaMa apporte aussi un soutien moral à ces familles en précarité sociale, qui ne savent pas toujours à qui s’adresser en cas de besoin. Vendredi 3 juillet, l’association organisait une journée de sensibilisation à la santé et aux soins. L’occasion de répondre aux questions des femmes, accompagnées de leurs enfants, et de leur expliquer quels sont leurs droits. Parmi les intervenants, Aïcha, pédiatre aux urgences de l’hôpital de Boulogne (Hauts-de-Seine) et membre de l’association, qui accompagne et conseille ces familles. « L’idée, c’était de proposer une première sensibilisation à la santé avec des puéricultrices, des médecins et des gynécologues », explique-t-elle. Il faut dire que la demande est grande : au lendemain du déconfinement, les besoins n’ont cessé d’augmenter et les membres de l’association continuent de voir affluer des bénéficiaires toujours plus nombreux.

Théo Lilin
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