L’édile sortant qualifie cette élection de «	putsch	». David Leduc /Actu Val-de-Marne
L’édile sortant qualifie cette élection de « putsch ». David Leduc /Actu Val-de-Marne
Lundi, 6 Juillet, 2020

Municipales. Coup de théâtre à Vitry-sur-Seine

Le maire PCF sortant, Jean-Claude Kennedy, également à la tête de la liste gagnante le 28 juin, a été désavoué par le conseil municipal de la commune du Val-de-Marne.

Sauf exception, la personne menant une liste victorieuse aux municipales est ensuite élue maire lors du conseil d’installation. Ce n’est pas ce qui s’est passé samedi à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Le maire PCF sortant, Jean-Claude Kennedy, à la tête de la liste qui a rassemblé 49,87 % des voix le 28 juin dans le cadre d’une triangulaire, a fait face à la candidature d’un autre communiste : Pierre Bell-Lloch. En cinquième position sur la même liste, c’est lui qui a été élu maire dès le premier tour, par 27 voix contre 11 pour le maire sortant. « Je suis tombé des nues. Je n’aurais jamais imaginé que l’on puisse en arriver à un tel coup de force, très organisé, maîtrisé et bouclé avec la complicité d’EELV et du PS », accuse Jean-Claude Kennedy, qui qualifie cette élection de « putsch ». « C’est indigne des valeurs de mon parti et de son histoire. Le suffrage universel a été bafoué », regrette-t-il.

L’ancien maire de la commune la plus peuplée du Val-de-Marne a reçu le soutien de la fédération locale du PCF, qui qualifie de « perfidie » ce qui s’est joué samedi. « Un tel acte est inacceptable. Nous appelons nos camarades qui y ont pris part à démissionner des postes obtenus, à un retour aux engagements pris collectivement et sinon à avoir l’honnêteté de retourner devant les électeurs », écrit la fédération. « L’élection de Pierre Bell-Lloch est bien évidemment légale, mais nous appelons au moins à une décision collective de la liste Vitry rassemblés », indique le secrétaire départemental Fabien Guillaud-Bataille. Le nouveau maire PS de la commune voisine d’Alfortville, Luc Carvounas, demande lui aussi à ses « collègues PS élus à Vitry de démissionner et de ne pas participer à cette mascarade démocratique ».

Imbroglio autour de l’accord

Juste après son élection, Pierre Bell-Lloch a présenté en séance ses « excuses pour ne pas être parvenu à arriver à un compromis ». « Je suis très conscient de l’émotion et de la stupeur » provoquées, a-t-il indiqué, ajoutant que « rien n’est plus difficile que de déchirer sa famille ». Mais pourquoi s’est-il présenté ? « Les engagements que nous avions pris avec nos partenaires de gauche et écologistes n’étaient pas garantis par notre tête de liste », assure celui qui est aussi secrétaire de section PCF de Vitry. « Pendant toute la campagne, Jean-Claude Kennedy a dit qu’il ne reconnaissait pas l’accord. Au fond, il ne voulait pas d’une alliance avec EELV. Mais l’accord a été validé en assemblée générale de la section PCF deux fois. En général, la tête de liste respecte les accords. C’est là le nœud du problème », pointe-t-il. Pour le nouveau maire, « les décisions ne peuvent pas être imposées par la seule tête de liste. Ce n’est pas un homme qui décide contre les trois sections de gauche de la ville et leurs militants ».

Si Jean-Claude Kennedy reconnaît un imbroglio autour de l’accord, il affirme ne pas avoir voulu le briser. « Je n’ai pas été associé à cet accord et je ne l’ai jamais vu alors que je conduisais la liste, mais je n’étais pas prêt à revenir dessus : une fois qu’il est signé, il est signé », estime-t-il. L’ancien maire se tourne aujourd’hui vers les Vitriots. « Si cela devient une exigence populaire, si quelque chose de fort se construit face à la négation du suffrage universel, le conseil municipal peut élire un autre maire », mesure-t-il. « C’est nous qui avons remis la démocratie au centre. Un maire est au service d’une équipe. Les élus ne sont pas ses soldats. Il n’y a pas de changements politiques à Vitry, le projet écologique et social que nous avons porté sera conduit. Malgré nos alertes, Jean-Claude Kennedy n’a pas voulu le porter, voilà tout », répond Pierre Bell-Lloch.

La direction nationale du PCF a réagi. L’élection de samedi est à ses yeux « incompréhensible et aucun débat interne à cette majorité ne peut justifier une telle décision ». Elle « se désolidarise de telles pratiques et exprime son amitié à Jean-Claude Kennedy ».

Aurélien Soucheyre
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