Le 15 novembre 2018, à Paris, Salah Hamouri était libéré après treize mois d’incarcération en Israël. Julien Jaulin/Hans Lucas
Le 15 novembre 2018, à Paris, Salah Hamouri était libéré après treize mois d’incarcération en Israël. Julien Jaulin/Hans Lucas
Mercredi, 8 Juillet, 2020

Israël. La « justice » contrainte de libérer Salah Hamouri

Arrêté le 1er juillet sur la base d’un dossier vide, l’avocat franco-palestinien est sorti mardi. Mais le centre où il était détenu a été contaminé par des gardiens porteurs du Covid-19.

Salah Hamouri a recouvré sa liberté, mardi, en début d’après-midi. Les traits tirés, mais le sourire aux lèvres – visible dès lors qu’il retire son masque –, l’avocat franco-palestinien avait été arrêté le 1er juillet, alors qu’il se trouvait dans un centre de santé de Jérusalem-Est pour y subir un test de dépistage du Covid-19. Une formalité nécessaire afin de pouvoir se rendre en France, ce qu’il devait faire trois jours plus tard. Un lieu de soins que les autorités israéliennes n’ont pas cru bon respecter, ce qui est une pratique courante chez elles. De nombreux blessés palestiniens emmenés dans des hôpitaux pour y être soignés se sont souvent retrouvés menottés à même leur lit.

Cette libération prouve ce que nous écrivions la semaine dernière dans ces colonnes : le dossier concernant Salah Hamouri est vide. Mahmoud Hassan, son défenseur, expliquait ainsi à l’Humanité que les Israéliens « soupçonnent Salah d’être membre d’une organisation interdite et, dans ce cadre, d’avoir des activités ». Le juge du tribunal affirmait même que les services de renseignements disposaient de témoignages datant du… mois de mars, mais qu’il ne pouvait les produire publiquement ! Ce magistrat arguait également d’un danger de fuite de Salah Hamouri, qui devait partir en Europe, et craignait qu’il ne revienne plus. Bizarrement, à chaque fois que Hamouri a été interrogé par les services israéliens, les agents ne cessaient de lui dire l’inverse : puisqu’il détient la nationalité française, pourquoi ne va-t-il pas vivre en France ? C’est d’ailleurs dans ce but qu’Elsa, l’épouse de Salah, et leur fils, ne peuvent plus se rendre en Palestine. Une affaire toujours en cours puisque, là encore, il s’agit, ni plus ni moins, d’une entrave à la liberté de circulation. D’autant que, pour se rendre dans les territoires palestiniens, il faut obligatoirement passer sous les fourches caudines israéliennes.

Contraintes de libérer Salah Hamouri, les autorités israéliennes, histoire sans doute de sauver la face, ont apposé des conditions : une caution de 3 000 shekels (environ 770 euros), l’interdiction de rencontrer les membres d’une organisation palestinienne interdite, enfin, ultime mesure de rétorsion, se tenir à la disposition de la justice pour une éventuelle convocation. Salah Hamouri sait d’autant moins s’il pourra rejoindre sa famille en France que le centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, à Jérusalem, où il était détenu, a été contaminé au coronavirus par deux gardiens israéliens. Plusieurs dizaines de prisonniers palestiniens auraient été évacués. D’ici à ce que Salah ne puisse voyager, voire soit mis en quatorzaine…

Nul doute que l’émotion suscitée dans notre pays à la suite de l’arrestation de Salah Hamouri et la mobilisation qui s’est ensuivie (lettres de protestation, rassemblements, délégations…) ont pesé sur l’élargissement de l’avocat franco-palestinien. Les autorités françaises sont également intervenues. « Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et son réseau diplomatique et consulaire s’attachent à obtenir des éclaircissements sur les motifs de son arrestation, maintiennent un contact étroit avec l’entourage de M. Hamouri et sont pleinement mobilisés auprès des autorités israéliennes pour que la situation de M. Hamouri et de son épouse soit réglée au plus vite », avait ainsi déclaré un porte-parole du Quai d’Orsay. Ils auraient pu interroger l’ambassadrice d’Israël en France – voire la convoquer officiellement en signe de protestation –, qui affirmait au Parisien que Salah Hamouri « est soupçonné d’avoir commis des crimes sous la loi antiterroriste ». Par ailleurs, le consul général de France à Jérusalem s’est rendu personnellement à deux audiences durant lesquelles comparaissait notre compatriote. Un signal que les Israéliens ont sans doute perçu.

Il reste maintenant à faire cesser une fois pour toutes cet acharnement contre Salah Hamouri et sa famille. En 2017, arrêté dans les mêmes circonstances, il était resté emprisonné treize mois. Sa libération montre qu’il est possible de mettre en échec ces atteintes aux droits humains.

Pierre Barbancey
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