Le 29 mai, devant le site de Choisy-le-Roi. © Charles Platiau/Reuters
Le 29 mai, devant le site de Choisy-le-Roi. © Charles Platiau/Reuters
Mardi, 2 Juin, 2020

Industrie automobile : l’État doit agir pour sauver Renault

Face aux 4 600 suppressions de postes prévues en France par le groupe, syndicats, salariés et élus veulent infléchir le plan de casse sociale alors qu’une réunion se tient, ce mardi, à Bercy.

Après l’annonce, vendredi, par le constructeur au losange d’un plan de 15 000 suppressions d’emplois dont 4 600 en France, se traduisant notamment par la fermeture du site de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), les syndicats attendent désormais que l’État actionnaire se positionne contre cette stratégie de casse sociale massive. « Nous allons discuter pour voir s’il y a des options alternatives ; et s’il y a des options alternatives qui permettent de concilier le développement, la préservation des sites et, en même temps, la compétitivité de Renault, nous les choisirons. C’est un processus qui commence », a déclaré le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Une réunion de crise doit se tenir, ce mardi, à Bercy, concernant l’usine de Maubeuge, alors que la colère et l’indignation enflent du côté des salariés.

Dans le Nord, l’inquiétude demeure

Samedi, une manifestation a rassemblé 8 000 personnes dans les rues de Maubeuge (Nord), où se situe l’une des usines menacées par le plan. En dépit des déclarations de Renault et du gouvernement se voulant rassurantes pour le site d’assemblage du Kangoo, qui devrait voir une partie de son activité transférée à Douai, ouvriers et élus locaux restent inquiets. « Je n’ai aucune intention, a priori, de fermer le site de Maubeuge. Je ne l’ai jamais dit. Je ne l’ai même pas pensé d’ailleurs », a insisté, dimanche, le président du groupe, Jean-Dominique Senard, lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, promettant en outre que « rien ne se fera dans le nord de la France sans une discussion ouverte avec tout le monde ». « Maubeuge est un site d’excellence (qui) ne va pas disparaître », a assuré, le même jour, Bruno Le Maire, envisageant « un grand pôle d’excellence du véhicule électrique » dans le Nord, jouant sur des complémentarités entre les sites de Douai et de Maubeuge. «  Ces déclarations ne sont pas pour nous rassurer. (Jean-Dominique Senard) n’a pas dit qu’il laisserait la production du Kangoo à Maubeuge. Sur ce point, il n’y aura aucune concession possible », a réagi, auprès de l’AFP, Jérôme Delvaux, secrétaire CGT de l’usine de Maubeuge et porte-parole de l’intersyndicale.

Nationaliser pour garantir les emplois

« À travers son plan, Renault s’apprête à mettre en concurrence les travailleurs des différentes usines en transférant des activités d’un site à l’autre, toujours dans une optique de rationalisation des coûts et d’augmentation des bénéfices », a dénoncé, dans un communiqué, le député PCF du Nord Alain Bruneel, appelant l’État à « se montrer beaucoup plus ferme sur ce dossier et ne pas hésiter à utiliser toutes les armes à sa disposition, y compris celle de la nationalisation, pour garantir notre souveraineté industrielle et les emplois qui y sont liés ». D’autant que Choisy-le-Roi et Maubeuge ne sont pas les seuls établissements français qui seront impactés par le projet de 2 milliards d’euros d’économies du constructeur automobile.

Lire aussi : « Renault s’entête dans une stratégie suicidaire »

« La Fonderie de Bretagne n’a pas vocation à rester au sein du groupe Renault », a d’ailleurs rappelé, dimanche, Jean-Dominique Senard. « On a dit clairement que nous allions ouvrir une analyse stratégique sur cette entreprise. Donc, parmi les solutions que nous allons discuter (…), la cession en fait partie », a-t-il précisé, évitant soigneusement de parler de fermeture pure et simple de l’usine. Les sites de Flins (Yvelines) et Dieppe (Seine-Maritime) sont également sur la sellette.

« Un plan irréaliste et opportuniste »

Au-delà de l’impact social de ce plan, c’est la stratégie industrielle de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi qui interroge les syndicats. « Sur le volet manufacturing, ce plan est irréaliste et opportuniste au moment d’une crise sanitaire qui n’est pas terminée », a estimé la CFDT, jugeant en outre le projet « déséquilibré aux dépens de la France, au regard des efforts consentis par les autres pays où le groupe est installé ». Si le groupe affiche une volonté de se démarquer de la stratégie Ghosn de course aux volumes pour se concentrer sur la rentabilité et les synergies, les conséquences de ces décisions sont largement similaires. « Une stratégie financière (…) qui a permis de baisser de plus de 50 % la production française », a rappelé Fabien Gâche, délégué syndical central CGT, au micro d’Europe 1, vendredi.

Les alternatives existent

D’autres choix stratégiques pourraient être faits par les dirigeants de Renault, rappelle Fabien Roussel, secrétaire national du PCF : « Les salariés du groupe disposent par exemple du savoir-faire pour le lancement d’un petit véhicule populaire hybride, à un prix modéré, dont le développement et la fabrication sont jugés insuffisamment rentables par les actionnaires. » Le député du Nord suggère aussi le développement d’une filière de recyclage de moteurs électriques, hybrides et thermiques, et le rapatriement de la production de Dacia et de Clio actuellement assemblées en Roumanie et en Turquie.

×